Origine et histoire de la Cathédrale Saint-Gervais-et-Saint-Protais
La cathédrale Saint-Gervais-et-Saint-Protais de Soissons, située dans l’Aisne en région Hauts-de-France, est un édifice gothique dont la construction s’étale du XIIe au XVe siècle. Son histoire débute au IVe siècle avec l’évangélisation de Soissons par les saints Sixte et Sinice, premiers évêques de la ville. La cathédrale actuelle, troisième du nom, est érigée à partir de 1176 sous l’impulsion de l’évêque Nivelon de Quierzy, succédant à deux édifices antérieurs dont l’emplacement exact reste incertain. Le bras sud du transept, partie la plus ancienne, date de la fin du XIIe siècle et illustre le gothique primitif, tandis que le chœur, commencé en 1190, marque une transition vers le gothique classique.
La construction s’étire sur trois siècles, marquée par des innovations architecturales comme les « piliers soissonnais », des colonnes élancées qui influenceront les cathédrales de Chartres, Reims et Beauvais. Le chantier connaît des interruptions, notamment lors de la Guerre de Cent Ans (XIVe siècle), où le manque de fonds empêche l’achèvement de la tour nord. En 1414, les Bourguignons assiégeant Soissons autorisent les habitants à prélever les pierres du chantier pour réparer leurs maisons, condamnant définitivement l’édifice à son asymétrie actuelle. La cathédrale est finalement dédiée en 1479 par l’évêque Jean Milet, bien que toujours inachevée.
Les XVIe et XVIIIe siècles sont marqués par des destructions et restaurations successives. En 1567–1568, les huguenots occupent Soissons, vandalisant le mobilier, brisant les vitraux et renversant le clocher de la croisée. L’évêque Charles de Roucy finance les réparations en cédant les revenus de l’évêché pendant trois ans. Au XVIIIe siècle, sous la direction de l’artiste local Antoine Fourest, le chœur est redécoré dans un style néo-classique, intégrant des œuvres du sculpteur Michel-Ange Slodtz. La Révolution française aggrave les dégâts : la cathédrale, transformée en magasin militaire, perd son décor sculpté et ses vitraux, avant d’être rendue au culte en 1799.
Le XIXe siècle voit la cathédrale classée monument historique en 1840, amorçant des campagnes de restauration mal documentées. Les travaux les plus visibles concernent le remplacement des arcs-boutants du bras sud et l’ajout d’une coursière au toit du chœur. En 1815, l’explosion d’un magasin à poudre endommage gravement les vitraux, nécessitant des réparations d’urgence. Les restaurations se poursuivent tout au long du siècle, avec des interventions controversées comme le décapage systématique des badigeons anciens, qui altère la pierre.
La Première Guerre mondiale cause des destructions massives : la cathédrale, cible des bombardements allemands, perd la partie supérieure de sa tour et les trois premières travées de la nef. Une restauration titanesque, dirigée par l’architecte Émile Brunet, s’étend de 1919 à 1937, redonnant au monument son intégrité structurelle. En 2017, la tempête Egon endommage la rosace de la façade ouest, dont les débris détruisent partiellement l’orgue. Aujourd’hui, la cathédrale reste un symbole de résilience, témoignant de huit siècles d’histoire tourmentée et de restaurations incessantes.
Architecturalement, la cathédrale se distingue par sa façade occidentale dissymétrique, privée de sa tour nord, et son chœur gothique classique, entouré d’un déambulatoire et de chapelles rayonnantes. Les vitraux, en partie médiévaux, ont été restaurés après les guerres et les explosions, tandis que l’orgue, détruit en 2017, attend toujours sa reconstruction. Avec 116 mètres de longueur, elle figure parmi les grandes cathédrales gothiques de France, aux côtés de Reims, Amiens et Paris.